Swaziland : le modèle de paix en Afrique australe a la tremblote

La Swazi Plaza, place centrale de Mbabane. Au fond, le grand mall. (Steven Jambot)(De Mbabane – Swaziland) Le Swaziland, c’est un peu la Suisse. Certes, le niveau de vie est très loin d’être le même, mais il y a beaucoup de grosses voitures, des montagnes, des vaches partout, un temps froid en hiver (0° la nuit quand nous y étions, gla gla) et un certain sentiment de sécurité.Au Swaziland, les gens sont « so nice », le pays est « peace » nous a-t-on répété depuis plusieurs semaines. On a voulu vérifier en mettant le cap sur Mbabane, la capitale, deuxième ville du pays en nombre d’habitants (60 000 habitants, soit la moitié de Manzini, l’ancienne capitale).

Comme partout ailleurs en Afrique australe, les locaux nous ont dit que c’était « pas très sûr » de sortir la nuit. Trop tentant de vérifier. Comme d’hab depuis le début de notre périple sur le continent, on a fait le mur, de nuit, pour trouver un truc à se mettre sous la dent. 4 km à pied, dans le noir. Résultat : aucun problème, des gens sympas et plutôt étonnés de nous voir dehors à cette heure-ci.

Visuellement – et même dans le noir – Mbabane change un peu des autres villes d’Afrique australe que nous avons traversé. Ici, peu de barbelés et moins de gardes aux entrées des entreprises, hôtels ou maisons trop grandes pour leurs occupants.

Par contre, le Times of Swaziland et le Swazi Observer, les deux quotidiens nationaux, consacrent leurs affichettes et leurs premières pages à des « faits div » croustillants (à côté, le Parisien c’est de la rigolade). Au milieu des suicides, accidents de la route et autres viols sur mineurs (on vous épargne détails et photos), l’arrestation d’un trafiquant de marijuana, des règlements de compte mortels et l’étonnante découverte de détonateurs chez un activiste politique. Tout ne semblait pas aussi rose que l’on aurait pu le penser, même dans des journaux plutôt bienveillants envers les autorités.

Le lendemain matin, direction le Police Head Quarters (le siège de la police nationale). Le Deputy Officer (en gros, le big boss) ne veut pas nous recevoir. Motif : nous n’avons pas de carte de presse à présenter (en bons étudiants bientôt diplômés) et un site Internet c’est bien trop insignifiant pour lui (dur de trouver du haut débit au Swaziland). OK, va pour la chargée des relations publiques qui se satisfait d’une carte d’étudiant-journaliste (heureusement qu’elle était en couleurs et avec une photo où je faisais sérieux).

Pas de statistiques

L’officier Wendy Hleta me reçoit donc dans son bureau. Des dossiers, un ordinateur sous Windows : un bureau d’officier de police lambda. Seule touche locale, comme partout ailleurs au Swaziland, le portrait officiel de Sa Majesté Mswati III. La radio est allumée, il est 14h, un flash info en setswati, la langue des Swazi. « On diffuse des messages d’intérêt général, je vérifie qu’ils sont bien diffusés. »

Wendy Hleta, chargée des relations publiques de la police du Swaziland (Steven Jambot)On commence à discuter. J’apprends qu’au Swaziland, il y a 3 000 policiers pour 800 000 habitants. Puis, très vite que « la plupart des affaires, notamment les plus sérieuses, sont le fait d’étrangers. » Elle poursuit. « Il est de plus en plus évident que les délits les plus sérieux comme les braquages à main armée pour des montants élevés sont planifiés par des gens qui sont à l’extérieur du pays qui quelquefois ont des complices à l’intérieur de nos frontières. » Je demande des statistiques.

« Nous n’avons pas trié les affaires selon la nationalité des personnes impliquées mais les plastiquages de distributeurs automatiques de billets sont le fait d’individus extérieurs au pays, en plus de locaux. » Je n’en saurai pas plus.

On passe à la coopération avec les pays voisins. Wendy Hleta me rappelle que le Swaziland est membre d’Interpol et de la Sapco. Le gros des échanges se fait avec l’Afrique du Sud. Ils se concentrent sur le trafic de marchandises (notamment de denrées alimentaires), échangent leurs registres de voitures volées et se transmettent des infos sur le trafic de marijuana.

« Vous savez, le Swaziland est un petit pays, on sait où sont les plantations de marijuana et quand ont lieu les récoltes. » Pas de problèmes avec les drogues dures ; elles ne sont pas produites dans le pays et il n’y aurait qu’« une ou deux » arrestations par an concernant des drogues comme l’héroïne.

Sécurité relative

Quant à la violence contre les personnes ? Sujet sensible. Là, il ne faut pas inquiéter les touristes qui représentent une manne pour le pays (par exemple les 20 000 Français qui passent chaque année). « Dans la plupart des cas, ce sont des différends familiaux. Quelquefois une femme est frappée parce qu’elle a trompé son mari. Pas de nature à inquiéter un visiteur. Et les cas de cambriolages qui tournent mal sont très peu fréquents. »

Wendy Hleta m’explique que certains jeunes swazis tournent mal en voulant copier les façons de faire de certains étrangers en situation irrégulière et sans travail déclaré, notamment des Mozambicains. Là encore, pas de statistiques. « Avec un minimum de surveillance, dans un pays comme le nôtre, vous pouvez savoir où et quand quelque chose va se passer. »

Le matin même, dans la page « Comments & Analysis » du Times of Swaziland, un éditorialiste s’interroge « Quelle paix et quelle sécurité ? [au Swaziland, NDR] ». Il rappelle que le pays connaît la paix avec ses voisins mais que les gros titres des journaux prouvent que la paix n’est pas là au quotidien à l’intérieur des frontières et que la sécurité est toute relative dans un pays « de plus en plus violent et militarisé ». « Quid de ceux qui ont des points de vue différents et veulent la liberté d’expression et d’association pour pouvoir poursuivre leurs aspirations ? », demande-t-il. Quelques jours avant notre arrivée, des bombes ont explosé au Swaziland, faisant plusieurs morts, sans que l’on ne sache vraiment qui était derrière.

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3 Commentaires

  1. Bravo Jean Louis,
    beau résultat, belle photo, effort notable sur la vidéo.
    Je regrette que ca soit pas chez nous.
    Juste deux détails :
    Pour les sons, n’hésitez pas à capter plus de bon son, en bonne qualité avec vos machines. Celui sur le Botswana, j’aurais bien aimé l’écouter en top qualité. C’est trop rare d’entendre des chants populaires comme ça, et ça jette bien !
    Pour les textes, je suis fan, mais votre dernier post sur le Swaziland, un peu long !
    Courage pour la suite
    Enjoy cette expérience, elle est exceptionnelle !

    • Oui, c’est vrai que la qualité du son n’était pas géniale mais à ce moment là, on n’avait ni notre caméra ni notre enregistreur audio donc a fait ça avec l’appareil photo. On est tombé sur cette représentation théâtrale un peu par hasard mais c’était très sympa.

      Merci pour tes encouragements en tout cas

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